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Daniel Benson, L’absence positive : une rencontre entre Jacques Rancière et Maurice Blanchot Print
Nouvelle page 1

 

L’ABSENCE POSITIVE : UNE RENCONTRE ENTRE JACQUES RANCIERE ET MAURICE BLANCHOT

 

Daniel Benson

 

 

Introduction :

 

Cette intervention porte sur le rapport entre Maurice Blanchot et Jacques Rancière. Plus précisément, nous avançons l’hypothèse que le schéma littéraire de Rancière pourrait intégrer l’œuvre de Blanchot, en dépit de l’argumentation de Rancière qui récuse sa théorisation littéraire en tant qu’obscurcissement de la littérature et de sa politique propre. Pour montrer à quoi une telle lecture rancièrienne de Blanchot ressemblerait, il faut donc dépasser quelque peu la lecture de Rancière qui rejette la conceptualisation littéraire de Blanchot en la reléguant à la neutralisation des contradictions productives de la littérature que Rancière théorise. Mallarmé sera le point de repère pour comparer Rancière et Blanchot, car tous deux accordent une importance considérable au poète. Nous discuterons premièrement les références de Blanchot dans l’œuvre de Rancière pour marquer nos divergences avec lui. Ensuite nous analyserons quels aspects particuliers Blanchot saisit dans l’œuvre de Mallarmé qui ne figurent pas dans la démarche de Rancière ; de cette manière, nous pouvons montrer la direction vers laquelle Blanchot essaie de diriger l’idée de la littérature, pour dégager finalement son propre projet. En outre, nous discuterons comment Blanchot problématise la « preuve » de la littérature, comme identifiée par Rancière, en la concevant comme une recherche et une expérience de l’écriture. Enfin, nous mettrons en place la possibilité d’une lecture politique/poétique de Blanchot. Bien que cette lecture aille quelque peu au-delà de l’analyse de Rancière, elle resterait pourtant dans l’esprit général de cette analyse et dans le schéma historique qu’il trace à partir du glissement du terme de « littérature » des Belles Lettres à l’art d’écrire.

 

 

 

1°) Compatibilité problématique :   

 

Pour esquisser la possibilité de lire Blanchot avec l’optique employée par Rancière, nous comparerons ici ce que veut dire le terme même de littérature dans leurs analyses particulières. En ce qui concerne Rancière, on retrouve sa définition dans son Mallarmé :

           

« Le mot de littérature veut dire d’abord ceci : le représenté ne prescrit plus ni genre ni style. Aucun écrit ne peut désigner la règle qui le légitime ni le public qui témoigne pour lui. Il doit, à chaque fois, prouver qu’il est bien de la littérature, une effectuation singulière de cette puissance sans norme qui est vérifiée par son seul acte. »[1] 

 

Il n’y a plus de genres liés aux sujets représentés, ni de style déterminé par ces sujets. Quelques remarques devraient être soulignées. Premièrement, on note que dans la définition de Rancière, il parle du concept, du mot de « littérature », lorsqu’il s’est distingué des Belles Lettres réglées par un système de codification déterminant le propre de la fiction et le lien entre forme et fond, genre et sujet : la tragédie aux grands sujets, la comédie aux petits. Il n’y a donc pas d’« essence » de la littérature pour Rancière : elle est un concept historique qui identifie certains écrits comme art.[2] 

            Comparons maintenant cette définition du concept de littérature avec celle de Blanchot dans Le Livre à venir. Il ne s’agit pas d’une définition à proprement parler, mais de la réponse à la question de l’avenir de la littérature ; on chercherait en vain une définition directe chez Blanchot. À la question « où va la littérature », Blanchot répond ainsi : « […] question étonnante mais le plus étonnant, c’est que s’il y a une réponse, elle est facile : la littérature va vers elle-même, vers son essence qui est la disparition. »[3] Ici, Blanchot ne cherche évidemment pas la base conceptuelle de l’historicité du terme « littérature » : il parle de l’avenir de la littérature. Déjà cela complique des choses, parce qu’il n’est pas clair que Blanchot parle de l’avenir historique, ou de l’avenir du temps propre à la littérature (qui est hors du temps historique). Et la réponse même est conditionnelle (« s’il y a une réponse… »). La seule affirmation que l’on puisse tirer de la citation de Blanchot est l’essence de la littérature : la disparition. Et plus loin, même cette affirmation est niée puisqu’il n’y a pas d’essence déterminable :

 

« Tout se passerait donc comme si, les genres s’étant dissipés, la littérature s’affirmait seule, brillait seule dans la clarté mystérieuse qu’elle propage et que chaque création littéraire lui renvoie en la multipliant – comme s’il y avait donc une “essence” de la littérature.

Mais, précisément, l’essence de la littérature, c’est d’échapper à toute détermination essentielle, à toute affirmation qui la stabilise ou même la réalise : elle n’est jamais déjà là, elle est toujours à retrouver ou à réinventer. Il n’est même jamais sûr que le mot littérature ou le mot art réponde à rien de réel, rien de possible ou rien d’important. »[4]

 

Rapport problématique donc. Blanchot parle de l’essence de la littérature en termes de disparition, où bien de l’absence totale du concept même de littérature. Celle-ci n’est donc pas un mode historique de l’art d’écrire. Et Rancière rejette à son tour ce qu’il voit dans l’ « absence de l’œuvre » comme fondamentalement liée à l’idée de la littérature. Pour lui, l’absence que théorise Blanchot c’est l’un des deux côtés possibles de la non-existence de la littérature : soit la littérature se perd dans l’indistinction entre elle-même et la prose du monde, soit l’œuvre littéraire reste dans la vie de l’esprit et ne se réalise jamais. Selon Rancière, Flaubert assume le risque que comporte la première possibilité, Mallarmé celui entraîné par la seconde. Mais la littérature existe précisément comme le défi de son impossibilité et fait œuvre de ses contradictions. A propos de Mallarmé et de sa question : « Quelque chose comme les lettres existe-t-il ? », Rancière écrit :

 

« […] peut-être la rareté du poème et l’impossibilité du livre, attachées à son nom, traduisent-elles d’abord l’expérience rigoureuse de cette logique qui ne rend la littérature cohérente qu’au prix de la supprimer dans cette absence d’œuvre qui s’appelle “vie de l’esprit”. L’impossibilité du livre ne serait pas alors la manifestation d’une impossibilité centrale du concept de littérature. Elle serait l’aporie de la volonté toujours recommencée de dépasser la contradiction qui fait être la littérature, en lui donnant sa doctrine et sa contrée propres. Et l’ “absence d’œuvre” que la théorisation de Blanchot voit attachée à l’idée même de la littérature ne serait pas l’expérience nocturne de l’impouvoir qui est au cœur des puissances du langage. Elle serait l’effet de la tentative de rendre cohérent le principe littéraire, en identifiant le principe antireprésentatif au principe antiprosaïque. »[5]

             

La subtilité de l’usage du conditionnel et le « peut-être » au début de la citation ne cachent pas pour autant la position de Rancière : pour lui, l’expérience de l’écriture littéraire relève de sa poétique contradictoire. Et « l’absence de l’œuvre » résulterait donc de cette expérience qui supprime les contradictions tandis que l’œuvre littéraire vit précisément sur le dépassement de celles-ci. Rancière est pourtant attentif à ne jamais rejeter catégoriquement les positions contre lesquelles il écrit : il explique plutôt les bases à partir desquelles telles positions sont possibles. C’est-à-dire que la théorisation de Blanchot est explicable selon la nature de l’idée de la littérature imposée à la fin du XVIIIe siècle, selon les contradictions de la nouvelle poétique où l’indifférence du style et la nécessité du langage doivent coïncider dans l’effectuation de l’œuvre.           

            Cependant il y a certains rapports entre Rancière et Blanchot, en dehors de cette brève explication de l’œuvre de ce dernier que nous donne Rancière, lesquels justifient une analyse plus profonde. La question de la communauté politique (inavouable pour l’un, toujours contestée par la demos « illégitime » pour l’autre) ; la question de l’écriture (la qualité turbulente inhérente à l’écriture qui brise le rapport entre « toi » et « moi »[6]) ; et la question de la communauté littéraire (la possibilité d’instaurer une autre communauté, un autre monde commun pour les lecteurs des livres[7]). Car entre les différences de leurs propos immédiats, nous voyons dans l’origine historique de la littérature que trace Rancière une possibilité complexe pour analyser le travail de Blanchot. La construction du concept de littérature élaborée par Rancière n’est pas sans importance : au contraire, la littérature a fourni le schéma interprétatif pour des domaines assez disparates que l’histoire, la sociologie, le marxisme et la psychanalyse.[8] Au fond, la littérature représente, incarne, une vérité du monde, une lecture herméneutique de la société qui a fourni les bases d’autres discours scientifiques et politiques. Mais ce faisant, elle brise aussi tout rapport déterminé entre locuteurs à cause de l’anarchie propre aux mots écrits qui parlent à tous, sans distinction : l’écriture littéraire défait les partages des espaces et des discours en ajoutant les corps fictionnels en excès au partage « légitime » de la société où chacun aurait leur place déterminée.[9] Cette remise en cause n’exclut pas la littérature elle-même, parce que le mode d’être de celle-ci est de se critiquer, de critiquer la vérité incarnée même à quoi elle aspire pour se distinguer du bavardage démocratique. De là, on n’est pas si loin du projet de Blanchot et de sa conception de l’écriture qui remet « tout en cause », qui marquerait la « fin du livre » et qui est « hors discours, hors langage ».[10] Nous ne tentons pas ici de réduire les différences entre les deux penseurs : une comparaison directe entre ces derniers révèle des divergences significatives que nous n’hésiterons pas à détailler dans la suite de notre discussion. Mais nous soutenons que l’on pourra dépasser les rapports problématiques de surface pour dégager la politique et la poétique de Blanchot, en utilisant le schéma mis en place par Rancière. Notre hypothèse est qu’une telle lecture pousserait l’analyse de Rancière, révèlerait peut-être les limites de son analyse, toute en montrant une autre face de Blanchot. Nous dégagerons d’abord l’importance de Mallarmé dans le travail littéraire de Blanchot et la façon dont sa lecture du poète se distingue de Rancière.

 

2°) L’expérience de Mallarmé :

 

Il y a deux côtés principaux de Mallarmé qui intéressent Blanchot : l’expérience d’écrire et l’œuvre impersonnelle. Ces deux faces se rejoignent dans la théorisation de Blanchot. L’expérience d’écrire est aussi l’expérience de l’œuvre, c’est-à-dire l’expérience d’un désœuvrement interminable qui fait de l’écrivain en « errant ».[11] Pour Rancière, l’expérience métaphysique de Mallarmé a peu d’importance. Igitur n’étant qu’un simple conte pour « guérir », il ne figure pas dans le projet poétique de Mallarmé et sa rencontre avec le néant cède la place à la sortie que Mallarmé met en scène dans ses Poésies. S’il y a une expérience de l’écriture dans la pensée de Rancière, c’est seulement dans la mesure où l’écrivain fait face aux contradictions de la littérature, afin de les rendre cohérentes. C’est l’œuvre faite qui importe pour Rancière, le projet de Mallarmé et la tâche poétique et politique qu’il dégage à travers l’ensemble de ses écrits. Chez Blanchot, on s’arrête à l’expérience. L’expérience de Mallarmé pour lui est un exemple privilégié, le poète subissant lui-même une transformation par le « seul acte d’écrire » : « Quand il affirme : “J’ai senti des symptômes très inquiétants causés par le seul acte d’écrire”, ce qui importe, ce sont ces derniers mots : par eux, une situation essentielle est éclairée ; quelque chose d’extrême est saisi, qui a pour champ et pour substance le “seul acte d’écrire”. »[12]

            À partir de cet acte, Blanchot explique le « double état de la parole » que Mallarmé décrit dans l’avant-dire au Traité du verbe de René Ghil repris dans « Crise de vers ».[13] Mallarmé y sépare le langage de la poésie de l’usage représentatif qu’il associe avec l’échange économique. Dans la lecture de Blanchot, la parole brute se rapporte aux choses, tandis que la parole essentielle les fait disparaître pour que le mot puisse apparaître. La parole brute nous renvoie ainsi au monde, comme un outil parmi d’autres. Elle voile l’expérience radicale au cœur du langage en nous présentant une parole familière des tâches et du travail. La parole essentielle nous expose à l’expérience du langage et à l’étrangeté qui lui est propre. Elle n’est pas la parole silencieuse de la pensée, comme le dit Blanchot, parce que celle-ci nous renvoie aussi au monde : « Mais cette parole de la pensée est tout de même aussi la parole “courante” : elle nous renvoie toujours au monde ».[14]

            La conclusion qu’en tire donc Blanchot, c’est que la parole brute a affaire avec le monde. La parole essentielle s’y oppose. La parole de la poésie est essentielle parce qu’en elle « il semble que la parole seule se parle. »[15] Elle nous délivre des tâches, du monde et de l’illusion de la familiarité du langage pour devenir une parole autonome et anonyme de l’être : « Les êtres se taisent, mais c’est alors l’être qui tend à redevenir parole et la parole veut être. »[16] Ici, Blanchot ne contredit pas l’analyse de Rancière : la parole essentielle pour ce dernier est la séparation du langage pour instaurer la littérature après le refus de la représentation, pour lui donner une doctrine et une contrée dans les contradictions de la nouvelle poétique antireprésentative.[17] La différence réside dans la conceptualisation ontologique qu’amène Blanchot à la discussion, conceptualisation qui ne contredit pas Mallarmé mais qui ajoute une terminologie quelque peu étrangère au poète et change son programme, du moins comme l’envisage Rancière ; il n’est pas question d’écrire l’Idée présente dans les spectacles quotidiens et dans les rapports existants entre les aspects de l’existence. Le propre de la poésie est de confier la parole à l’être ; où plutôt, d’écrire l’entente de l’être qui parle, cette parole qui se parle. La poésie est ainsi une recherche du langage et une expérience ontologique de l’écriture : « L’expérience qu’est la littérature est une expérience totale ».[18]

            Rancière veut rejeter l’expérience de l’écriture comme liée au concept même de la littérature. Voilà la première divergence irréductible entre Rancière et Blanchot. La littérature chez Rancière est un mode historique de la visibilité de l’écriture, une optique ou théorie (dans sa signification étymologique de « vue »). Toutes les contradictions qu’identifie Rancière dans ce mode de visibilité sont les contradictions théoriques (la nécessité du langage contre l’indifférence du style ; le verbe incarné contre le mot écrit ; le travail conscient individuel contre l’expression inconsciente collective), toutes ces opposions étant les contraintes théoriques que la littérature négocie pour être vue comme telle. En fin de compte, la littérature est une sorte de réglage de « l’excès des mots », de la  littérarité démocratique de l’écriture et des maux qui se produisent de son mutisme bavard. C’est à partir de là que le lien entre la littérature et la politique a lieu, dans l’entrelacement inextricable dont l’écriture fait circuler les mots.

            Si Rancière écrit alors contre tout discours moderniste de « rupture », c’est parce que cette politique innée de la littérature est obscurcie.[19] Et il nous semble que Blanchot tente en effet d’établir une rupture avec la littérature du passé en situant l’expérience de l’écriture comme son aspect essentiel, en dehors de sa réalisation dans une œuvre. Ainsi, dans le cas de Mallarmé, Rancière voit l’interprétation de Blanchot comme un obscurcissement de l’œuvre mallarméenne, qui masque la tâche qui lui est propre : 

 

« Accéder à la difficulté de Mallarmé suppose qu’on traverse encore une autre manière de penser sa nuit. Celle-ci s’y trouve identifiée, par-delà toute banalité de secret, à une expérience radicale du langage et de la pensée. Maurice Blanchot a donné ses lettres de noblesse à cette interprétation qui fait de l’écrivain le héros d’une aventure spirituelle. […] Mallarmé serait un témoin privilégié de cette expérience d’écrire. »[20]

 

L’intérêt de Blanchot pour l’œuvre de Mallarmé est effectivement lié à l’expérience de l’écriture et du langage. Pourtant, c’est problématique d’appeler la critique de Blanchot une interprétation, comprise ici dans le sens de donner la signification propre à un texte. Le propos de Blanchot n’est pas de donner un sens à l’œuvre de Mallarmé mais de préserver cette expérience dans sa propre écriture critique.[21] C’est donc cerner la possibilité de l’expérience littéraire, et si Mallarmé est un cas privilégié pour Blanchot, c’est parce qu’il a questionné la possibilité de la littérature jusqu’à ses limites, il a exploré ce qu’est la littérature plus loin peut-être qu’aucun écrivain jusque là.

            Au lieu de reléguer sa lecture de Mallarmé comme un obscurcissement de ce dernier, nous nous proposons de demander pourquoi et comment Blanchot construit son propre projet littéraire à partir de cette lecture. Au lieu de nier l’absence de l’œuvre comme la théorise Blanchot, nous analyserons comment il fait de cette absence une œuvre qui a peut-être pour but la fin de la littérature en tant que telle, mais qui négocie néanmoins les contradictions de l’idée de littérature comme postulées par Rancière pour construire son œuvre littéraire. Blanchot n’ignore pas non plus le côté politique de Mallarmé identifié par Rancière. Il reconnaît le séjour terrestre que Mallarmé a essayé d’instaurer par sa poésie.[22] Mais il préfère visiblement d’autres aspects de son œuvre : son projet jamais réalisé du Livre, l’impersonnalité au cœur de l’œuvre et l’expérience de l’écriture dont les écrits de Mallarmé témoignent. Si, pour Rancière, Mallarmé « est de son siècle »[23], on pourrait dire la même chose de Blanchot et analyser l’entrelacement politique et poétique de son œuvre.

 

2°) Le projet du Livre (à venir) :

           

Blanchot privilégie l’expérience de l’écriture comme une recherche adéquate de l’œuvre littéraire, sans besoin d’une œuvre faite. Mais cette recherche implique encore un « théâtre » de la littérature, constitué par la lecture qui donne existence à l’œuvre. Et on voit que Blanchot met en avant l’effectuation d’Un coup de dés sur son projet du Livre, en dépit de la théorisation blanchotienne qui semblerait donner une importance égale à ce Livre jamais fait. Un coup de dés de Mallarmé nous donne donc une indication de ce que Blanchot veut dire par le « livre à venir » et l’essence de la littérature qui est la disparition. Dans l’avant-dernière partie du Livre à venir qui porte le titre de l’ouvrage, Blanchot écrit qu’« Un coup de dés est le livre à venir », premièrement parce que « [l]a présence de la poésie est à venir »[24], mais aussi parce qu’Un coup de dés bouleverse l’ordre habituel du livre : « Un coup de dés annonce un livre tout autre que le livre qui est encore le nôtre. »[25]

            Ce n’est donc pas le projet du Livre de Mallarmé qui accomplirait ce bouleversement. Il n’empêche que Blanchot s’intéresse considérablement à ce projet, précisément pour sa non-réalisation : ce qui importe c’est plutôt le mouvement vers ce Livre qui a dominé la pensée de Mallarmé dès sa jeunesse à partir de 1866.[26] Blanchot remarque que Mallarmé envisage deux aspects invariables pour ce projet : premièrement, le livre impliquerait plusieurs volumes ; deuxièmement il serait prémédité, excluant le hasard. Blanchot mène donc sa discussion sur Mallarmé vers ce qu’il voit comme l’aspect le plus important de l’absence du hasard et de l’impersonnalité que cette absence implique : la disparition, à la fois du poète et de la réalité matérielle. Blanchot prend explicitement sa distance par rapport aux romantiques allemands et au poème de la nature, même s’il est contraint d’admettre la proximité de Mallarmé avec la poétique universelle des romantiques : « Il y a sans doute un niveau où Mallarmé, s’exprimant à la manière des occultistes, des romantiques allemands et de la Naturphilosophie, est prêt à voir dans le livre l’équivalent écrit, le texte même de la nature universelle. […] C’est un de ses penchants, on ne peut le nier. »[27] Cette affinité cède la place, dans la lecture de Blanchot, à la disparition : « Mais il y a un autre niveau où l’affirmation du livre sans auteur prend un sens bien différent et, à mon avis, bien plus important. “L’œuvre implique la disparition élocutoire du poète, qui cède l’initiative aux mots, par le heurt de leur inégalité mobilisés []. » Blanchot note la compatibilité de cette phrase de Mallarmé avec celle-ci: « “A quoi bon la merveille de transposer un fait de nature en sa presque disparition vibratoire, selon le jeu de la parole cependant ; si ce n’est...” ».[28]

            Nous voudrions localiser ici une fissure fondamentale avec l’analyse de Rancière. L’importance que Rancière accorde à la poétique romantique dans sa généalogie de la littérature est considérable, précisément pour lier la littérature à la réalité, pour établir l’équivalence, quoique problématique, entre l’écriture du poème et l’écriture des choses que cette poétique effectue. Mais tout comme Blanchot est conscient du côté politique de Mallarmé, il reconnaît le lien que le poète partage avec le romantisme : nous voyons donc à l’œuvre dans la lecture de Blanchot un effort concerté d’amener la littérature vers un point de rupture. Il cherche à rompre les liens que ce dernier tient avec son époque et avec la « littérature ». Si Blanchot cherche à subvertir la littérature, c’est pour parvenir à la puissance de l’écriture et à sa capacité de défaire le tout, « la totalité des concepts qui fonde l’histoire […] », ce qui inaugurerait « un changement radical d’époque ».[29] Cette démarche de Blanchot nous donne des indices importants pour dégager son propre projet de « rupture », une rupture autant sur le plan poétique que politique.

Au statut anonyme que donne Mallarmé au livre sans auteur correspond l’absence du lecteur. Blanchot cite ainsi la célèbre phrase de Mallarmé dans « L’Action restreinte » : « Impersonnifié, le volume, autant qu’on s’en sépare comme auteur, ne réclame approche de lecteur. Tel, sache, entre les accessoires humains, il a lieu tout seul : fait, étant. »[30] Les deux derniers mots de cette phrase permettent à Blanchot de diriger son analyse de Mallarmé vers une ontologie de la littérature. Le livre (notons ici que dans cette partie le livre mallarméen est compris plutôt dans le sens de l’ « œuvre » selon la conception de Blanchot) a besoin d’être fait par l’écrivain mais ne dépend pas de lui une fois réalisé. Effectivement, il se réalise, il « s’écrit à partir de la disparition parlante de l’auteur ».[31] Nous pourrions voir ici la « solution » de l’interdiction hégélienne que Rancière voit à l’œuvre dans toute création littéraire à partir du romantisme.[32] Cette interdiction est liée à la question de comment réconcilier l’effort conscient vers l’œuvre qui n’est une œuvre d’art que dans la mesure où elle est faite inconsciemment.[33] La réponse de Blanchot est de transférer le problème au langage et à la « parole essentielle » qui est, qui n’annonce que le fait qu’elle est.[34] L’œuvre littéraire n’a plus de créateur – étant la parole de l’être ou la parole qui est –[35] mais elle ne serait plus art selon la conception de Hegel pour qui l’art est une pensée qui se réalise en imposant une forme sur une matière. Blanchot pousse cette réflexion à l’extrême en supprimant le créateur et en réconciliant l’art avec l’être. Mais l’art n’aurait plus d’existence et l’œuvre se confondrait avec l’être sans se réaliser.[36]

 

3°) Un coup de dés 

 

A première vue, du moins, il semble que chez Blanchot l’œuvre n’ait pas besoin de se réaliser. Au sujet des notes ramassées et publiés par Scherer, Blanchot note que la tâche de ce dernier est de montrer que le Livre de Mallarmé n’était point une fable, les notes posthumes étant un témoignage concret de son projet. Blanchot y voit pourtant une naïveté ; pour lui, l’essentiel est le projet en lui-même, quoique inachevé, auquel les écrits théoriques donnent une existence bien plus significative que le manuscrit publié par Scherer :

           

« M. Scherer dit que le manuscrit posthume montre bien que le livre, contrairement aux moqueries des critiques, n’était nullement une fable et que Mallarmé a réfléchi sérieusement à sa réalisation effective. Remarque peut-être naïve. Presque tous les écrits théoriques de Mallarmé font allusion à ce projet de l’Œuvre, ils en sont la constante pensée, ils donnent sur elle des vues toujours plus approfondies et telles que l’Œuvre non réalisée s’affirme pour nous d’une manière cependant essentielle. Ceux qui sont indifférents à ce genre de garantie et qui continuent de voir en Mallarmé quelqu’un qui, pendant trente ans, a trompé le monde en parlant superbement de l’Œuvre nulle et en agitant d’un air mystérieux d’insignifiants petits papiers, ne seront pas convaincus par ces nouvelles preuves. »[37]

 

Chez Blanchot, ce n’est donc pas le manuscrit posthume de Mallarmé qui garantirait la littérature. C’est plutôt Un coup de dés qui fournit la preuve du projet, ce poème qui « donne appui et réalité » au Livre, « beaucoup plus que les notes que ranime M. Scherer ».[38] Il est significatif que Blanchot s’appuie sur ce poème pour démontrer la « réalité » du Livre, même si Blanchot semble se satisfaire avec les écrits théoriques témoignant du Livre comme sa preuve adéquate, une « garantie » plus importante que les ébauches éparses. Ce qui importe à Blanchot est d’abord l’expérience du livre, la recherche et le mouvement vers son accomplissement toujours à venir qui ont dominé la pensée de Mallarmé jusqu’à sa mort. Mais le privilège que Blanchot accorde à Un coup de dés nous indique que la littérature comme expérience pure, comme recherche de sa propre possibilité, comme contestation et questionnement de tout, y compris d’elle-même, a finalement besoin d’une effectuation.[39]

            Un coup de dés accomplit cette effectuation par l’exclusion du hasard et de toute réalité matérielle. Il a lieu dans un espace pur des rapports des mots, purifié de toute fonction représentative. Cette lecture de Blanchot nous intéresse parce qu’elle l’amène plus ou moins à la même conclusion que Rancière. Le refus de la représentation et celui du hasard nécessite la recherche des rapports « existant[s] dans tout » : 

 

« Décision d’exclure le hasard, mais en accord avec la décision d’exclure les choses réelles et de refuser à la réalité sensible le droit à la désignation poétique. La poésie ne répond pas à l’appel des choses. […] Le hasard sera tenu en échec par le livre, si le langage, allant jusqu’au bout de son pouvoir, attaquant la substance concrète des réalités particulières, ne laisse plus apparaître que “l’ensemble des rapports existant dans tout”. »[40]

 

Pourtant, alors que Blanchot arrive à affirmer l’exclusion de la représentation chez Mallarmé, pour Rancière ce n’est pas le pouvoir négatif du langage qui est à l’œuvre dans sa poétique anti-représentative. La divergence la plus visible entre Rancière et Blanchot est sans doute liée à leurs conceptions distinctes du langage. Chez Rancière le langage n’est pas la négation de la chose nommée, mais est déjà présent dans les choses réelles, comme l’hiéroglyphe de leur essence que le poète ou l’écrivain saisit dans le langage des mots. Ce langage des choses est déjà présent mais n’existe que dans le mesure où il est « remarqué » ; c’est pour cela que le travail de Mallarmé, le travail du « rêve », est plus qu’une simple observation : c’est un travail qui constitue la poéticité du monde autant qu’il l’observe. 

            Ainsi, Rancière serait en accord avec l’affirmation de Blanchot que la poésie n’a pas affaire avec les choses réelles : elle a affaire plutôt avec leur « poéticité ». Quant à la constatation que le livre exclurait le hasard si le langage allait « jusqu’au bout de son pouvoir », Rancière l’exprime différemment : le hasard serait exclu si le poème fait, dans l’espace de la page, son théâtre en même temps que l’interprétation de ce théâtre. Le poème constitué dans la scène du ballet et le « rêve » du poète qui l’interprète et le met en scène sur la page a besoin d’un « sacrement initial » contre le hasard de l’indifférence du style et la nécessité du langage. Un coup de dés devrait être « le rite premier » de tout poème qui réglerait la divergence entre le langage des choses et le langage des mots. Le poème sans hasard serait donc lui-même la correspondance parfaite entre ses deux langages, l’écriture directe de l’Idée.

            Mais qu’est exactement le but du pouvoir du langage chez Blanchot, si ce n’est pas une scène matériellement réalisée des rapports purs des mots, sans appui sur la matérialité des choses réelles ? Car Un coup de dés est « à venir » d’une manière double. D’un coté, il institue « un art nouveau, art encore à venir et l’avenir comme art »[41] et « annonce un livre tout autre que le livre qui est encore le nôtre ».[42]  Donc, il intervient dans ce que Blanchot nomme l’histoire. Mais en même temps il est le livre à venir parce qu’il instaure un temps où « jamais l’instant ne succède à l’instant », où « l’œuvre est l’attente de l’œuvre. »[43] Contre tout pouvoir destructif du langage, le poème est « né d’une entente nouvelle de l’espace littéraire, tel que puissent s’y engendrer, par des rapports nouveaux de mouvement, des relations nouvelles de compréhension ».[44] Mallarmé, selon Blanchot, utilise le langage pour en instaurer un autre, celui qui installe « le jeu nouveau de l’espace et du temps ».[45]

Ce que nous voudrions souligner, c’est l’aspect positif du langage. Contre sa  propre théorisation de la littérature, Blanchot est obligé d’admettre que le poème n’entraîne pas une dissolution de toute chose et de reconnaître dans la réalisation d’Un coup de dés un renversement de la négativité qu’il loge au cœur du langage poétique :

                       

« L’effet est d’une grande puissance expressive : surprenante vraiment. Mais la surprise est aussi dans le fait que Mallarmé ici s’oppose à lui-même. Voici qu’il rend au langage dont il avait considéré la force irréelle d’absence tout l’être et toute la réalité matérielle que celui-ci était chargé de faire disparaître. L’“envol tacite d’abstraction” se transforme en un paysage visible de mots. Je ne dis plus : une fleur ; je la dessine par des vocables. Contradiction qui est à la fois dans le langage et dans l’attitude double de Mallarmé par rapport au langage : elle a été souvent signalée et étudiée. Que nous apprend de plus Un coup de dés ? L’œuvre littéraire y est en suspens entre sa présence visible et sa présence lisible. »[46]

 

C’est dans cet espace d’entre-deux qui nous laisse le poème de Mallarmé aussi bien dans la lecture de Blanchot que dans celle de Rancière. La première se concentre sur le travail négatif de Mallarmé que le refus de la représentation implique, un travail de négation de la réalité sensible pour instaurer l’espace littéraire. Mais cet espace est « en suspens », ni un espace pur de l’imaginaire, ni une chose matérielle. C’est précisément cet être « neutre » de l’espace littéraire que tout le travail de Blanchot tente de cerner et d’établir à travers ses propres écrits littéraires. La complexité du projet de Blanchot est de maintenir cet espace contre la compréhension analytique, pour déjouer la totalité de l’histoire et bouleverser la pensée analytique et la logique, en instaurant de nouveaux modes de compréhension.[47] En même temps, cet espace est constitué par (et constitue à son tour) une communauté, une communication anonyme entre écrivain et lecteur. Rancière considère, contre la théorisation négative de Blanchot, le travail de Mallarmé comme lié à un projet d’établir un séjour humain. Certes, le refus de la représentation implique aussi ce travail négatif et l’instauration d’un espace pur de fiction : mais selon Rancière, cette recherche est liée avant tout à celle du lien qui manque à la communauté : un travail positif. La spiritualité mallarméenne est liée à la glorification par les mots de l’existence humaine. C’est pour cela que tout le travail « négatif » de Mallarmé de rendre les mots purs, semblables à une musique de purs rapports, se retourne en positivité.

           

Conclusion :

 

Méthodologiquement, on voit une certaine convergence entre Rancière et Blanchot : tous les deux renvoient la littérature au commun de chaque production littéraire. Rancière renvoie à l’idée historique de la littérature, où la littérature n’est plus déterminée par le lien entre genre et sujet, entre l’indifférence du style et la nécessité du langage ; alors que chez Blanchot toute production littéraire se réfère à l’expérience d’écrire, à la recherche interminable de la littérature. Mais tous deux cherchent à faire résonner autrement les œuvres littéraires ; c’est pour cela que ni l’un ni l’autre ne fournissent une vraie interprétation. Rancière est plus soigneux de reconstruire les apories de chaque écrivain analysé dans la totalité de son œuvre, tandis que chez Blanchot l’unicité de chaque écrivain, de son projet particulier, tend à s’assimiler au langage blanchotien. Ce sont bien encore les apories de la littérature qui intéressent Blanchot : pourtant, elles ne se rapportent pas aux contradictions productives de la littérature, mais plutôt à son impossible qui donne lieu au désœuvrement de l’écrivain et à l’absence de son œuvre. C’est ainsi que la littérature pour Blanchot apparaît comme un mouvement, une recherche, une expérience. Quoi qu’il en soit, ce que nous avons tenté de montrer c’est l’implicite privilège chez Blanchot de l’œuvre réalisée : c’est Un coup de dés et non pas le projet jamais réalisé du Livre qui est le livre à venir, ce livre qui déjouerait la pensée analytique et la logique, comme l’a montré notre discussion sur Mallarmé.

            Nous pouvons donc suivre le schéma de Rancière et son affirmation que l’absence de l’œuvre de Blanchot n’est qu’une théorisation possible des contradictions de la littérature. Mais en même temps nous pouvons considérer cette théorisation comme une tentative de la rendre cohérente. On pourrait ainsi dépasser l’argument de Rancière et voir dans les concepts blanchotiens des notions productives par lesquelles Blanchot crée son œuvre. Une telle lecture impliquerait deux lectures parallèles de cette œuvre, l’une poétique, l’autre politique selon le modèle de Rancière. Elle établirait ainsi le lien entre Blanchot et l’idée da la littérature à partir du romantisme allemand, avant de regarder les enjeux politiques dans son œuvre dans le contexte du XXe siècle. L’écart que Rancière veut maintenir entre sa propre analyse et l’œuvre de Blanchot nous semble clair : le théoricien de l’absence et de la négativité est une des cibles de l’analyse de Rancière. Ce dernier se met pour sa part à souligner la positivité des contradictions de la littérature et à se distancier du discours moderniste qui voit une rupture dans la production de l’art à partir de la fin du XIXe siècle. Mais notre proposition d’une lecture de Blanchot selon le schéma de Rancière semble féconde sur au moins deux fronts : le premier consiste à analyser chez Blanchot comment il construit une œuvre de la négativité et le rapport entre cette œuvre et la politique de son projet ; le deuxième consiste à montrer la capacité du modèle de l’analyse de Rancière à expliquer le lien politique et poétique des œuvres littéraires contemporaines dont Blanchot servira comme exemple. Nous croyons que le modèle de Rancière est susceptible d’accomplir cette tâche, même s’il ne figure pas dans son programme.

 

 

 Daniel Benson est doctorant en littérature française à New York University. Il a achevé un Master de « Lettres, arts, et Pensée contemporaine » à l’Université Paris 7-Denis Diderot. Il est titulaire dun B.A de l’Université de Minnesota en « philosophie, littérature française, et études internationales ». Sa recherche porte principalement sur la philosophie contemporaine (Jacques Rancière, Alain Badiou), la littérature du 19ième et du 20ième siècle, ainsi que la théorie politique.

 

 

 


 


[1] Jacques Rancière, Mallarmé, la politique de la sirène, Hachette, 1996, p. 103.

[2] Voir la définition que Rancière fournit dans La Parole muette, Hachette, 1998 : « mode de visibilité des œuvres de l’art d’écrire ». (p. 13)

[3] Maurice Blanchot Le Livre à venir, Gallimard, 1959, p. 265.

[4] Ibid., p. 273.

[5] Jacques Rancière, La Parole muette, op. cit., p. 129-130.

[6] Maurice Blanchot, L’Espace littéraire, Gallimard, 1955, p. 20-21.

[7] Jacques Rancière, La Parole muette, op. cit., p. 172, 173.

[8] Jacques Rancière, Politique de la littérature, Galilée, 2007, p. 31.

[9] Voir « Le malentendu littéraire », ibid., p. 41-55.

[10] Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Gallimard, 1969, « Note », p. vii.

[11] Puisque pour Blanchot l’écrivain ne peut se lire, ne peut séjourner auprès de sa propre œuvre : l’écrivain

ne peut que recommencer à écrire. « De sorte que maintenant il se retrouve à nouveau comme au début de

sa tâche et qu’il retrouve à nouveau le voisinage, l’intimité errante du dehors dont il n’a pu faire un séjour », in

L’Espace littéraire, op. cit., p. 17-18.

[12] Ibid., p. 37.

[13] Stéphane Mallarmé, Œuvres complètes, texte établi par Henri Mondor et G. Jean Aubry, Gallimard, coll. « Pléiade », 1945, p. 857, 368.

[14] Maurice Blanchot, L’Espace littéraire, op. cit., p. 41-42.

[15] Ibid., p. 42.

[16] Id..

[17] Jacques Rancière, La Parole muette, op. cit., p. 123.

[18] Maurice Blanchot, Le Livre à venir, op. cit., p. 284.

[19] Voir « Des régimes de l’art et du faible intérêt de la notion de modernité », in Jacques Rancière, Le Partage

du sensible, La fabrique, 2000, p. 26-45.

[20] Jacques Rancière, Mallarmé, op. cit., p. 10.

[21] Voir la préface de Maurice Blanchot, Lautréamont et Sade, Minuit, 1963. Tout comme pour la littérature elle-même, « la critique est liée à la recherche de la possibilité de l’expérience littéraire », p. 13. 

[22] Maurice Blanchot, Le Livre à venir, op. cit., p. 315-316.

[23] Jacques Rancière, Mallarmé, op. cit., p. 54.

[24] Maurice Blanchot, Le Livre à venir, op. cit., p. 326.

[25] Ibid., p. 319.

[26] Ibid., p. 303.

[27] Ibid., p. 309.

[28] Id..

[29] Maurice Blanchot, L’Entretien infini, op. cit., « Note », . vii.

[30] Maurice Blanchot, Le Livre à venir, op. cit., p. 310.

[31] Ibid., p. 310. Et l’auteur ne le serait donc qu’en tant que « lieu de l’absence ».

[32] « Ce que Hegel théorise alors, c’est l’impossibilité que sorte de la poétique romantique une figure nouvelle de l’art d’écrire, cette figure que deux siècles poursuivront sous le nom de littérature », in Jacques Rancière, La Parole muette, op. cit., p. 57.

[33] Voir par exemple le résumé de la pensée de Hegel par Rancière à la page 65 de La Parole muette, op. cit. : « Pour que l’idée se manifeste et disparaisse en même temps dans la forme de l’art, il faut l’exacte coïncidence entre ce que l’artiste veut faire et ce qu’il ne veut pas faire, ce qu’il fait sans le savoir ni le vouloir. »

[34] « Mallarmé a eu de la nature propre de la création littéraire le sentiment le plus profondément tourmenté. L’œuvre d’art se réduit à l’être.  C’est là sa tâche, être, rendre présent “ce mot même : c’est”… “tout le mystère est là” », in Maurice Blanchot, L’Espace littéraire, op. cit., p. 44. Et : « Cependant, l’œuvre – l’œuvre d’art, l’œuvre littéraire – n’est ni achevée ni inachevée : elle est.  Ce qu’elle dit, c’est exclusivement cela : qu’elle est – et rien de plus », in ibid., p. 14-15.

[35] « Les êtres se taisent, mais c’est alors l’être qui tend à redevenir parole et la parole veut être », in ibid., p. 42.

[36] « L’impossibilité » de l’art chez Blanchot tient à la nécessité de l’œuvre d’être son propre commencement, sans le travail d’un écrivain : mais si l’œuvre se créait, elle se confondrait avec l’être et l’art n’existerait pas. Le poète doit ainsi « faire du poème ce qui sera, par lui-même, forme, existence et être : œuvre. » Il continue : « Cependant, cette puissante construction du langage, cet ensemble calculé pour en exclure le hasard, qui subsiste par soi seul et repose sur soi-même, nous l’appelons œuvre et nous l’appelons être, mais il n’est, sous cette perspective, ni l’un ni l’autre. Œuvre, puisqu’il est construit, composé, calculé, mais, en se sens, œuvre comme toute œuvre, comme tout objet formé par l’entente d’un métier et l’habileté d’un savoir-faire. Non pas œuvre d’art, œuvre qui a l’art pour origine, par qui l’art, de l’absence de temps où rien ne s’accomplit, est élevé à l’affirmation unique, foudroyante, du commencement », in ibid., p. 43.

[37] Le livre à venir, op. cit., p. 314.

[38] Ibid., p. 319.

[39] Nous n’ignorons pas qu’ailleurs Blanchot invoque Joubert comme « auteur sans livre, écrivain sans écrit » (voir les pages 70-91 du Livre à venir, op. cit.).  La création d’une œuvre n’est donc pas une condition nécessaire de la littérature. Pourtant, quand Blanchot parle de la disparition de la littérature, il ne nous semble pas que ce soit dans ce sens que Blanchot amène la littérature, mais plutôt dans le sens que sa discussion d’Un coup de dés détaille.

[40] Ibid., p. 305.

[41] Ibid., p. 317.

[42] Ibid., p. 319.

[43] Ibid., p. 326.

[44] Ibid., p. 320.

[45] Ibid., p. 327.

[46] Ibid., p. 328.

[47] Cette section abonde d’exemples de ce nouvel espace de compréhension contre la logique analytique : « Un coup de dés annonce un livre tout autre que le livre qui est encore le nôtre […] qui “n’a de justification que dans la facilité de la compréhension analytique” », in ibid., p. 319. « Un coup de dés est né d’une entente nouvelle de l’espace littéraire, tel que puissent s’y engendrer, par des rapports nouveaux de mouvement, des relations nouvelles de compréhension », in ibid., p. 320. Les phrases y sont en rapports selon des « déterminations de structure, quoique étrangères à la logique ordinaire », ibid., p. 321. Mais « [l]a logique est trompeuse » (in ibid., p. 325) de toute façon.

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